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Intervention de Jean BLANCHON

 

Mesdames et Messieurs les élus

Mesdames et Messieurs les représentants de « Libération Nationale PTT » ( ANACR)

Mesdames et Messieurs les représentants de l'Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance ( ANACR)

Mesdames et Messieurs les représentants des Associations de monde combattant et de la déportation ( à la place de : Monsieur le représentant de  FNDIRP )

Mesdames et Messieurs membres de la Chorale les « ANS CHANTEURS »

Monsieur le Directeur Régional de France Telecom

Monsieur le Directeur D'Etablissement de Lyon-Sévigné

Monsieur le Directeur de la poste

Mesdames et Messieurs les représentants de la presse

Mes chers collègues

Mesdames et Messieurs

Permettez moi tout d'abord de vous saluer et de vous remercier de nous avoir invités à la manifestation historique de ce jour.

Avec la réinstallation de la plaque dédiée au souvenir de notre camarade Laurent MATHERON, le centre des Télécommunications de Lyon-Sévigné, nous convie à revivre un épisode exceptionnel de la Résistance pendant la deuxième guerre mondiale dans l'administration des P.T.T.

Avec la défaite éclair de juin 1940 et l'occupation de la plus grande partie du pays, puis la bataille d'Angleterre conduite dans des conditions périlleuses, l'entrée en guerre de l'U.R.S.S. et des U.S.A. vont amener les alliés à un besoin impérieux de renseignements pour préparer les conditions de la conquête de l'Europe, et de la victoire sur le nazisme.  Sous l'impulsion des services secrets anglais et de la Résistance française va se constituer une opération extrêmement délicate qui devait permettre de récolter une source abondante et précieuse de renseignements.

Mais comment y parvenir? car il était de notoriété publique que les nazis utilisaient nos grands circuits pour leurs liaisons importantes avec un sentiment de complète sécurité. C'est en connaissance des graves dangers encourus que va se constituer une opération extrêmement délicate appelée "La source K", et c'est l'Ingénieur Robert KELLER issu des services des L.G.D. (lignes à grande distance) qui sera chargé de la diriger.

Pendant cinq mois en étroite collaboration avec les techniciens Laurent MATHERON et Pierre GUILLOU, une moisson de renseignements sera collectée suivant l'expression commune "au nez et à la barbe" des nazis.

Soixante grands circuits étaient ainsi mis à la disposition des opérateurs de la Résistance, les uns étaient spécialisés pour l'armée de l'air, les autres pour la marine de guerre. Les circuits d'usage général écoulaient les communications des forces terrestre, de la Gestapo, du contrôle économique et des commissions allemandes installées sur notre sol, qui seront captées par les écoutes de la source K.

Ces résultats remarquables vont les conduire à la mise en place d'opérations de plus grande envergure. Les conditions délicates d'exploitation, liées aux actions de recherche de la "GESTAPO" vont mettre brutalement un terme à ce travail et à ces projets. L'ingénieur Robert KELLER et ses deux compagnons vont être arrêtés.

Interrogés, torturés, pas un ne parlera, et c'est ainsi que tous les autres protagonistes de cette opération ne seront pas inquiétés et ne doivent leur salut qu'au silence héroïque de l'ingénieur KELLER et de ses deux compagnons.

Robert KELLER (père de 4 enfants), et ses chefs d'équipes Laurent MATHERON (père d'un enfant) et Pierre GUILLOU prendront tous les trois le chemin des camps de concentration où ils trouvèrent la mort. Guillou y mourra le 2 janvier 1944 et Laurent MATHERON en septembre 1944. Robert KELLER quant à lui sera déporté aux camps de NATWEILLER-STRUTOFF puis de SACHSENHAUSEN près de BERLIN, et il mourra le 14 avril 1945 au camp de BERGEN-BELSEN.

Cet épisode extraordinaire de la Résistance est à l'honneur des P.T.T. et tout particulièrement de ses techniciens, il devait être porté à la connaissance des générations qui allaient se succéder et plus particulièrement des jeunes. C'est un exemple de la haute compétence technique mise au service de la Résistance.

Avec la paix retrouvée, nos trois héros recevront l'hommage posthume et mérité de la Nation.

Le 12 décembre 1948, le centre L.G.D. (Lignes Grandes Distances) à Paris recevra le nom de Robert KELLER ainsi que la rue attenante et une plaque où figurent les noms de nos camarades et leurs décorations, retrace pour la mémoire les exploits de cette époque. A la suite de travaux rendus indispensables avec l'évolution des techniques, cette plaque sera déposée momentanément en 1996, et elle sera reposée le mardi 27 janvier 1998 à l'initiative du Directeur Régional de France Télécom et du Chef de Centre, en présence des responsables de Libération Nationale PTT, de l'Association Nationale des Anciens Combattants et Victimes de guerre PTT et d'une forte participation du personnel du Centre.

Le 6 février 1948, une plaque est apposée au centre d'amplification de Rennes, en mémoire à Pierre GUILLOU.

Le 14 février 1948, c'est au tour du Centre d'amplification de Lyon-Tassin de prendre le nom de Laurent MATHERON. Ce centre ayant disparu, aujourd'hui nous sommes réunis au centre de Lyon-Sévigné, pour replacer la plaque qui rappelle le souvenir de Laurent MATHERON, à l'initiative des responsables de France Télécom et des représentants des associations Nationales et Régionales des anciens combattants. Qu'il me soit permis d'assurer de notre gratitude et de nos remerciements les responsables de France Télécom pour leur action ainsi qu'aux instigateurs de cette cérémonie.

Notre organisation d'anciens Résistants, née dès les premiers mois de l'occupation nazie avec la création de l'état major de Libération Nationale PTT, va constituer une des branches actives de cette armée de soldats sans uniformes, tous volontaires et en rébellion contre le gouvernement existant. Tout au long de ces années d'occupation, ils vont payer un lourd tribut, et ils seront nombreux à donner leur vie pour que notre pays retrouve sa liberté. C'est par milliers aussi, qu'ils prendront le chemin des camps de concentration où la grande majorité d'entre eux trouvera la mort.

A l'heure où les périls sont connus, nous considérons avec l'Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance (A.N.A.C.R.), que les faits historiques et le rôle de ceux qui ont combattu pour la libération de la France doivent être portés à la connaissance des générations actuelles et futures, et c'est le rôle que s'est assigné l'organisation que nous avons créé avec les "Amis de la Résistance". Les années passent, les vides se creusent dans les rangs des Résistants, et c'est pourquoi nous avons été amenés à nous adresser aux jeunes générations qui aujourd'hui, sont partie intégrante de Libération PTT dont elles assurent toutes les responsabilités. Aujourd'hui, ils sont nos héritiers, des "passeurs de mémoire".

S'il est vrai, selon les mots souvent cités de Victor HUGO, que "Les morts instruisent les vivants", par notre vigilance, face à toutes les résurgences du nazisme quelle qu'en soit la forme, nous continuons le combat et ce sera notre meilleure façon de les honorer pour toujours.

Jeunes gens du Centre des Télécommunications de Lyon-Sévigné, souvenez vous et rejoignez les rangs de Libération Nationale PTT!

Je vous remercie de votre attention.

 

Jean BLANCHON

Secrétaire de Libération Nationale PTT

Ancien combattant volontaire 1939-1945

Membre du Conseil National des Anciens Combattants de la Résistance A.N.A.C.R.

Chevalier de l'ordre National du Mérite.

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