Intervention de Denis ROUSSILLAT

C’est pour France Télécom un immense honneur que de vous accueillir tous ici en la mémoire de Laurent Matheron et de réunir à la fois des représentants de l’ensemble des associations d’anciens combattants, de déportés ainsi que leurs amis, les représentants de « Libération Nationale PTT » ( ANACR), les représentants de l'Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance ( ANACR), les représentants des Associations de monde combattant et de la déportation ( à la place de : Monsieur le représentant de FNDIRP )
Nous saluons également les élus du Conseil régional de Rhône-Alpes, du Conseil général, de la Ville de Lyon et de la Mairie du 3e arrondissement et Mesdames et Messieurs les représentants de la presse
Nous apprécions l'honneur fait à cette cérémonie par la participation de porte-drapeaux des Comités et de la Chorale les « ANS CHANTEURS »
Monsieur le directeur d'établissement, mes chers collègues
Mesdames et Messieurs
Tout d’abord je voudrais remercier le travail de mémoire réalisé par les associations nationales PTT des anciens combattants et victimes de guerre qui par leur engagement rappellent à chacun d’entre nous l’histoire de ces hommes héroïques, de nos collègues.
Ces hommes de l’ombre, qui ont écrit à la fois des pages de l’histoire avec un grand H mais aussi celle des PTT, aujourd’hui La Poste et France Télécom, inscrivant dans notre culture, dans notre héritage, les valeurs portées par ces résistants.
Nous sommes aujourd’hui réunis en la mémoire de Laurent Matheron et à travers cet homme c’est à tous les résistants des PTT et tous les autres qui se sont battus pour la liberté, pour la dignité de l’homme et pour leur pays que nous voulons rendre hommage.
A la lecture du récit de la source Keller, nous nous rendons compte que la réussite de cette entreprise quasi impossible est due bien sûr à des individus dont le courage, l’audace, la ténacité sont hors normes mais aussi à leur cohésion sans faille, leur solidarité et leur abnégation.
Il y a là, pour nous tous, un message sur les qualités humaines et aussi sur les valeurs de l’entreprise : la solidarité, l’esprit d’équipe.
Robert Keller n’aurait pu mener à terme son projet aussi extravagant techniquement (se brancher sur des câbles allemands) que téméraire sans avoir l’assurance de coéquipiers fiables, experts, et prêts à tout pour défendre la liberté, leur pays au péril de leur vie.
« Ils ne savaient pas que c’était impossible alors ils l’ont fait. » Mark Twain
Je voudrais prendre quelques instants pour retracer les actions de la source K dont Robert Keller fut à l’initiative et à laquelle a participé activement Laurent Matheron.
Robert Keller, ingénieur des télécommunications, assisté d’une équipe de 5 personnes dont Laurent Matheron, chef d’équipe des lignes et spécialiste soudeur, fut responsable de la plus grande opération d’écoute téléphonique entre Paris et l’Allemagne en 1942 principalement sur les câbles Paris-Strasbourg et Paris-Metz.
Ces hommes avaient connaissance des risques encourus : tout endommagement de moyens de transmission ou d'appareil conduisait à la peine de mort.
Par des opérations techniquement très périlleuses sur des câbles étroitement surveillés par les Allemands, ces hommes ont mis sur écoute en 1942 pendant plusieurs mois les communications téléphoniques de l'Armée Allemande entre la France et l'Allemagne, sur 70 circuits spécialisés pour la Lutfwaffe et la Kriegsmarine et des circuits d'usage courant de la Wermacht, de la Gestapo, de tous les services allemands installés en France.
Ces informations étaient ensuite transmises par la Résistance PTT aux Alliés qui, compte tenu de la qualité et de la quantité d’informations fournies par Keller et son équipe, l’ont appelée la Source K comme Keller. A Londres, ces informations ont été très précieuses et ont contribué à la préparation et la réussite de plusieurs actions dont notamment Overload 1.
Malheureusement ces hommes ont été dénoncés et, fin 1942, l'ingénieur Keller est arrêté, puis en janvier 1943 ce sera le tour de Guillou, puis de Matheron. Tous les trois résisteront à la torture, ils ne parleront pas.
Tous mourront en déportation. Laurent Matheron mourra d’épuisement dans le camp de Dora en octobre 1944, laissant une femme et un fils âgé de 11 ans.

Aujourd’hui cette plaque qui honore la mémoire de Laurent Matheron dans nos murs à Lyon/Sévigné est le témoignage que ces hommes, au courage et à l’abnégation immenses, qui sont restés debout, ont transmis leurs valeurs aux générations suivantes.
Pour conclure et avant de laisser la parole à MmeVannini, je voudrais vous lire ce poème de Paul Eluard, écrit à la mémoire de Gabriel Péri. Poème magnifique auquel nous pouvons associer la mémoire de Keller, de Matheron, de Guillou et de tous ceux que vous portez en vous et à la mémoire desquels nous sommes réunis aujourd’hui.
Gabriel Péri |
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Un homme est mort qui n’avait pour défense Que ses bras ouverts à la vie Un homme est mort qui n’avait d’autre route Que celle où l’on hait les fusils. Un homme est mort qui continue la lutte Contre la mort, contre l’oubli Car tout ce qu’il voulait Nous le voulions aussi Nous le voulons aujourd’hui Que le bonheur soit la lumière Au fond des yeux au fond du cœur Et la justice sur la terre Il y a des mots qui font vivre Et ce sont des mots innocents Le mot chaleur le mot confiance
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Amour justice et le mot liberté Le mot enfant et le mot gentillesse Et certains noms de fleurs et certains noms de fruits Le mot courage et le mot découvrir Et le mot frère et le mot camarade Et certains noms de pays de villages Et certains noms de femmes et d’amis Ajoutons-y Péri Péri est mort pour ce qui nous fait vivre Tutoyons-le, sa poitrine est trouée Mais grâce à lui nous nous connaissons mieux Tutoyons-nous son espoir est vivant.
Paul Éluard, Au Rendez-vous allemand, 1944 |