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Hommage à Paule TREBOSC
Notre amie, notre camarade Paule TREBOSC nous a quittés le 11 novembre dernier. Elle est partie dans la discrétion ; cette discrétion qui l’habitait de son vivant et qui était un trait marquant de sa personnalité. Cette femme, qui parlait très peu d’elle, avait vécu intensément les grands évènements sociaux de son temps : Le front populaire, la solidarité à l’égard de l’Espagne républicaine, la 2e guerre mondiale et pour la France la pire humiliation avec l’occupation par une armée allemande imprégnée de la doctrine nazie et la substitution à la République d’un Etat dit français se vautrant dans la collaboration.

La plupart de ces évènements, Paule les avait vécus aux côtés de son mari, notre président, hélas, comme vous le savez anéanti par la maladie depuis plusieurs années.
C’est en aidant les réfugiés espagnols, et particulièrement des enfants, qu’ils s’étaient rencontrés et qu’ils avaient lié leurs vies. Depuis, ils ne s’étaient jamais quittés, sauf lorsque Camille fût arrêté le 26 février 1944 puis déporté en mai à Buchenwald dont il ne revint que l’année suivante, exactement le 1er mai 1945. Il pesait 35 kg. !
Tous deux reprennent rapidement leur activité citoyenne. Ils font partie de la petite poignée de résistants qui décidèrent de créer dans les PTT en 1947, une association professionnelle ayant pour buts la défense des droits des résistants et de leurs familles ainsi que la défense des valeurs de la Résistance. Les statuts de « Libération Nationale PTT » sont déposés le 7 mai 1947 ; l’association est affiliée à l’association des anciens FTP-FFI, puis quand celle-ci se transforme en s’élargissant à toutes les catégories de résistants en A.N.A.C.R., Libération en devient naturellement une section, et elle l’est toujours.
La plupart des membres actuels de Libération nationale PTT, qui sont des amis, ne connaissent Paule que comme l’épouse du président. Mais les anciens, eux, ont connu Paule, principalement comme une résistante et savent quels sont ses mérites.
En 1940, Paule et Camille, après s’être trouvés à Vichy (où nombre de fonctionnaires venant de Paris sont repliés) décident, constatant qu’ils sont l’objet d’une surveillance policière, de regagner Paris le plus vite possible. Paule est contrainte de démissionner de son emploi de cadre dans les services du ministère de l’intérieur, tandis que Camille obtient assez aisément sa mutation dans la Capitale. Le passage en fraude de la ligne de démarcation n’est pas pour eux un gros obstacle. Ils sont donc à Paris début 1942. Paule trouve un emploi de rédacteur contractuel à l’institut national de santé et d’hygiène, création récente du gouvernement Pétain.
A ce poste, elle peut faire assurer régulièrement le portage de documents, émanant notamment de l’UD CGT clandestine de la Seine, par l’intermédiaire d’un jeune résistant de cette organisation embauché par elle comme courrier cycliste. Elle noue des relations avec des gens des corps médical et paramédical désireux d’aider les résistants.
C’est ainsi qu’elle joue un rôle capital dans l’évasion de Marcel GOUZIEN responsable, pour la résistance, des services téléphoniques. Arrêté en possession du plan des installations ennemies, affreusement torturé par les policiers français des Brigades Spéciales, GOUZIEN, sur ordre des médecins de la préfecture et contre l’avis des brigades spéciales, est conduit à l’hôpital Rothschild dans un état extrême. Les policiers de la Brigade Spéciale viennent tous les jours contrôler son état, voulant reprendre l’interrogatoire puis le fusiller (son exécution est programmée pour le 15 mai 1943 au Mont Valérien). Un médecin (qui portait l’étoile jaune) le suit de près et quand l’état de GOUZIEN s’améliore, il provoque des abcès de fixation afin de tromper la police.
On sait que l’évasion, certes un peu différemment des conditions initialement prévues par le plan de Paule et de Camille, fut réussie et Marcel GOUZIEN, après une convalescence de quelques semaines, reprit sa place dans le combat au sein du C.P.L. (Comité Parisien de la libération).
Il y a un peu plus de deux ans, le 20 octobre 2007, dans les locaux de la Fondation de la Déportation, Paule recevait l’insigne de chevalier de la Légion d’Honneur des mains de Guy DUCOLONE vice président honoraire de l’association des déportés résistants de Buchenwald. Cette décoration lui était décernée quelques mois après que le mémorial Yad Vashem en Israël, lui aie attribué, ainsi qu’à son père et à sa mère Michel et Marie-Louise MATINIER, la médaille des Justes qui récompense ceux et celles qui ont caché, nourri, procuré de faux papiers, protégé et sauvé, des jours, des mois et des années durant, des Juifs.


J’ai le souvenir, et sans doute aussi quelques personnes présentes ce 20 octobre 2007, des témoignages émouvants des gens qui avaient ainsi échappé à Auschwitz, à ses chambres à gaz, à ses crématoires.
La solution finale décidée au plus haut niveau du « IIIème Reich », organisée, mise en œuvre minutieusement par tous les échelons administratifs, constitue le pire des crimes contre l’Humanité, le mal absolu. Elle restera comme une tâche indélébile dans le livre d’histoire de la société humaine.
Dans les dures conditions de l’époque : Terreur nazie régnant sur le pays et relayée par la police politique de Vichy, antisémitisme touchant une partie de la population, nourri et encouragé par l’antisémitisme d’état… Dans ces conditions, il s’est trouvé des hommes et des femmes à titre individuel et dans les milieux associatifs, pour braver les dangers et n’écouter que leur conscience. Paule, sa mère, son père, au demeurant résistant assassiné par les Allemands, ont été de ceux là.
Après la libération et après la guerre, Paule occupe des fonctions importantes à l’Institue National d’Hygiène qui deviendra plus tard l’INSERM (institut national de la santé et de la recherche médicale) et elle consacre beaucoup d’énergie à l’aide et au développement de la recherche médicale. Elle est durant plusieurs mois, membre du cabinet du ministre de la santé du gouvernement Charles De Gaulle, le communiste François BILLOUX.
Jusqu’à la fin de sa vie, et tant que son état de santé le permettait, elle sera de tous les combats pour la paix, pour la cause de l’émancipation sociale. Elle restera toujours fidèle à l’idéal de justice qu’elle avait trouvé dans le communisme. Mais elle est aussi très active aux côtés de Camille, pour faire vivre Libération Nationale PTT.
Pour les avoir personnellement approchés, je peux dire que ses avis, exprimés trop rarement à mon gré, étaient toujours précieux. Elle avait de grandes qualités d’observation et d’analyse. Elle savait, lorsqu’il le fallait parfois, tempérer la fougue de Camille.
Voilà, chers amis et chers camarades, la grande dame qui vient de nous quitter. Une grande dame qui bien sûr, honore notre association Libération Nationale PTT, mais aussi et surtout, honore la France et l’Humanité.
Michel DELUGIN
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