Charles de Gaulle, Général et homme d'État
(Lille - France, 22 novembre 1890 || Colombey‑les‑Deux‑Églises - France, 9 novembre 1970)
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Son rôle dans le destin du pays à partir de 1940 fait certainement de Charles de Gaulle l'homme politique français le plus important du XXe siècle. C'est dabord dans l'adversité que s'est forgée sa figure : chef de la France libre, il l'a menée à la victoire en 1945. Revenu au pouvoir en 1958 et fondateur de la Ve République, il a mis fin à la guerre d'Algérie et accompli la décolonisation de l'ancien empire; président de la République jusqu'au 28 avril 1969, il dénoue, au moins sur le plan politique, la crise de Mai 68.
Vers la carrière militaire |
La plume au service de l'action
Cette captivité est cependant féconde. Tout en suivant les
opérations de guerre – sur lesquelles il fait des conférences –, il
essaie, par un vaste programme de lectures, de percer le «mystère»
de la France: cinq fois envahie depuis la Révolution, elle n'a pas
trouvé les institutions capables de concilier démocratie et
stabilité. Mais il laissera dans l'ombre sa réflexion politique pour
n'écrire que sur la guerre: la Discorde chez l'ennemi (1924).
En 1920, il accompagne le général
Weygand auprès des Polonais en guerre contre les
bolcheviques. À son retour en France en 1921, il épouse Yvonne
Vendroux, qui lui donnera trois enfants: Philippe, Élisabeth et Anne
– cette dernière, handicapée, mourra à dix‑neuf ans. Deux années au
Liban (1929-1930) achèvent sa formation géopolitique: il y découvre
l'Islam résistant à l'Occident et s'interroge sur l'avenir des
empires coloniaux.
Les rencontres: Pétain et Paul Reynaud
Ses qualités d'analyste le font remarquer. D'abord par le
maréchal
Pétain, alors vice‑président du Conseil supérieur de la guerre,
qui le prend en 1925 dans son cabinet. De Gaulle multiplie alors les
articles sur la situation militaire et politique. Ces réflexions
donneront naissance au Fil de l'épée (1932), portrait du chef
de guerre, et Vers l'armée de métier (1934), esquisse d'une
armée de professionnels conçue pour le mouvement et axée sur les
blindés, puis à la France et son armée (1938).
C'est ensuite
Paul Reynaud, plusieurs fois ministre dans les années 1930 avant
de devenir président du Conseil en mars 1940, et partisan de la
fermeté face à l'Allemagne
nazie, qui le fait entrer dans le cercle de ses collaborateurs.
De Gaulle rédige ses déclarations ministérielles; en mai, il est
nommé général de brigade à titre temporaire, et, le 5 juin 1940,
sous‑secrétaire d'État à la Guerre, dans un gouvernement qui ne
durera que onze jours.
La guerre, la Résistance
Pour Charles de Gaulle, la guerre a commencé en 1938 avec
Munich et l'abandon de la Tchécoslovaquie. Il pense qu'elle sera
mondiale, que l'URSS – malgré le pacte germano‑soviétique d'août
1939 – et les États‑Unis interviendront, que la défaite de
l'Allemagne
nazie ne pourra être que l'œuvre d'une alliance des nations.
Cette vision stratégique explique sa lucidité pendant la «drôle de
guerre» (septembre 1939 ‑ mai 1940), quand les Français se croient à
l'abri, et son refus presque solitaire de l'armistice de juin 1940,
dont le défaitisme lui paraît «abominable».
La campagne de France et l'appel du 18 Juin
La guerre éclair de mai‑juin 1940 jette les Français sur les
routes de l'exode. À la tête de ses chars, de Gaulle exécute à Montcornet l'une des rares actions brillantes au milieu du désastre.
C'est alors que
Paul Reynaud l'appelle au ministère et lui demande d'aller à
Londres, où il discute avec
Winston Churchill d'un pacte d'union franco‑britannique. Rentré
en France – à Bordeaux, où le ministère s'est réfugié –, il assiste
à la démission de
Reynaud puis à l'arrivée de
Pétain, qui s'informe auprès des Allemands des conditions d'un
armistice. De Gaulle décide alors de retourner à Londres.
Texte intégral de l'appel du 18 juin 1940 prononcé à la BBC de Londres, mais non enregistré

Pour lire l'appel cliquez sur le bouton
Appel du 22 juin 1940 lancé par le Général de Gaulle à la BBC. Cet Appel est le premier à avoir été enregistré et reste souvent confondu avec celui du 18 juin 1940, qui n'aura pas été enregistré.
Le combat de la légitimité
Reconnu «chef des Français libres» par
Churchill dès le 28 juin, de Gaulle entame un dur combat pour
faire valoir la légitimité de son action. En France, l'Assemblée
nationale, réunie à Vichy le 10 juillet 1940, donne les pleins
pouvoirs au maréchal
Pétain; en Grande‑Bretagne même, beaucoup de soldats français
réfugiés après Dunkerque, choqués par la destruction de la flotte
française basée à Mers el‑Kébir (Algérie, 3 juillet 1940), préfèrent
retraverser la Manche. En outre, la majeure partie de l'empire
colonial proclame sa fidélité à Vichy.
Cependant,
Félix Eboué, gouverneur du Tchad, se rallie dès juillet 1940. Le
capitaine
Leclerc réussit, à la fin août, à rattacher
l'Afrique‑Équatoriale à la France libre. De Gaulle le rejoint au
Cameroun et, malgré un échec devant Dakar fin septembre – il a été
reçu à coups de canon – lance le 27 octobre 1940, à Brazzaville
(République du Congo), son premier manifeste politique. Il y dénonce
le régime "inconstitutionnel" du maréchal et proclame sa volonté de
"rendre compte de ses actes devant les représentants du peuple
français dès qu'il lui sera possible d'en désigner librement"; il
crée le Conseil de défense de l'Empire, reconnu par la
Grande‑Bretagne le 24 décembre. Il s'oriente désormais vers le
combat diplomatique, pour que la France libre soit reconnue par les
Alliés comme la "seule" France.
L'Empire français dans la balance
Le ralliement du Moyen‑Orient au printemps 1941 se réalise
dans des conditions dramatiques. Restés fidèles à Pétain, les
soldats français résistent aux Britanniques et aux Français libres.
La victoire remportée, Churchill tergiverse, ne voulant pas accepter
que la France libre devienne la puissance mandataire en Syrie. Une
grave crise de confiance éclate entre le Premier ministre
britannique et le général de Gaulle.
L'invasion de l'URSS par l'armée allemande en mai 1941, puis
l'attaque japonaise contre Pearl Harbor en décembre étendent la
guerre au monde entier. De Gaulle, pour qui "la présence soviétique
dans le camp des Alliés offre, vis‑à‑vis des Anglo‑Saxons, un
élément d'équilibre", envoie l'escadrille de chasse Normandie
combattre auprès des Russes. Les Américains et les Britanniques
songent cependant à ouvrir un second front par un débarquement.
L'Afrique du Nord française est choisie, et la date – le 8 novembre
1942 – arrêtée, sans que le chef de la France combattante en soit
prévenu. Bien plus, le président
Roosevelt choisit de remettre le gouvernement civil et militaire
de l'Afrique du Nord libérée entre les mains d'un homme de Vichy,
l'amiral Darlan; puis, Darlan ayant été assassiné en décembre 1942,
les Américains favorisent l'arrivée au pouvoir du général Giraud,
évadé d'Allemagne et amené à Alger par les Britanniques.
Alger, capitale de la France
C'est le soutien de la Résistance intérieure unie – dans une
France entièrement occupée par les Allemands depuis le débarquement
à Alger (Algérie) – et le succès de la troupe de Leclerc en Libye et
en Tunisie qui permettent à de Gaulle de prendre pied en Afrique du
Nord, le 30 mai 1943. La veille,
Jean Moulin, initiateur du Conseil national de la Résistance –
qui réunit partis traditionnels et mouvements de la Résistance – lui
a envoyé un télégramme de fidélité. Face à Giraud, qui n'a pas su
rompre avec la législation de Vichy, de Gaulle incarne le retour à
la légalité républicaine. D'abord coprésident, puis, à partir du 3
octobre 1943, président du Comité français de libération nationale (CFLN),
il gouverne l'Empire français revenu dans la guerre.
Une Assemblée consultative siège à Alger (Algérie); composée
de parlementaires ralliés et de représentants des mouvements de la
Résistance, elle est chargée de préparer l'avenir. Ainsi entouré, le
CFLN se transforme, le 3 juin 1944, en Gouvernement provisoire
de la République française, selon le vœu unanime de l'Assemblée, et
est reconnu officiellement par les Alliés. Tous les partis y
siègent, même le parti communiste, avec lequel le colonel Rémy,
agent secret de la France libre, a pris contact dès 1942.
Le débarquement allié en Normandie a lieu le 6 juin 1944. Dès
le 14, le général de Gaulle est à Courseulles‑sur‑Mer, où la
population l'applaudit. Il obtient d'Eisenhower
que la division Leclerc libère Paris, et gagne lui-même la capitale
le 25 août. Le lendemain, il descend triomphalement les
Champs‑Élysées.
La querelle du bonapartisme
Libérée, la France de 1944 n'est pas encore victorieuse. Il
lui faut participer à la guerre et aller jusqu'à Berlin, où le
général de Lattre réussit à imposer la signature de la France aux
accords d'armistice, le 8 mai 1945. Le combat engagé si
difficilement en 1940 est gagné. Reste à reconstruire le pays.
À la tête du Gouvernement provisoire, le général de Gaulle
poursuit sa politique d'union nationale et cherche la «pacification
des esprits» – il obtient notamment la dissolution des milices
patriotiques formées à la Libération par le PCF. En outre, il veut
«rendre la parole au peuple» par voie de référendum: les partis
traditionnels, qui voient dans cette pratique un retour aux
plébiscites du Second Empire, l'accusent dès lors d'ambitions
personnelles, de "bonapartisme". Prisonniers et déportés étant
revenus, les élections législatives peuvent avoir lieu; elles sont
encadrées par deux référendums: l'un pour savoir s'il faut une
nouvelle Constitution (95 % de "oui"), l'autre pour décider de
soumettre ou non à référendum le texte élaboré par l'Assemblée
constituante élue le 21 octobre 1945, où dominent les communistes,
les démocrates‑chrétiens du Mouvement républicain populaire (MRP) et
les socialistes (66 % de "oui").
Élu chef de gouvernement à l'unanimité, le 13 novembre 1945,
de Gaulle se trouve pourtant rapidement en désaccord avec la
majorité de l'Assemblée sur le projet de Constitution: opposé à un
système de souveraineté parlementaire, dans lequel il voit la raison
de la faiblesse et des errements de la IIIe République, il veut un
exécutif plus fort. Le 20 janvier 1946, il démissionne. Était-il
convaincu qu'on le rappellerait bien vite? Toujours est-il que, avec
la ratification de la nouvelle Constitution, en octobre 1946, la IVe
République s'installe sans lui, et sans doute contre lui.
En avril 1947, de Gaulle lance alors le Rassemblement du
peuple français (RPF) pour obtenir la réforme du régime. Malgré un
succès immédiat aux élections municipales, il échoue aux élections
législatives de 1951. En 1953, il rend leur liberté à ses élus et se
retire à Colombey‑les‑Deux‑Églises, où il entreprend la rédaction de
ses Mémoires de guerre (1954-1959). Il ne sort guère de son silence
que pour s'opposer, en 1954, au projet d'armée européenne.
Le retour de juin 1958
La guerre d'Indochine se termine en 1954 après la défaite de Diên Biên Phu. La même année commence en Algérie une guerre où le
contingent sera bientôt envoyé en renfort de l'armée de métier. Pour
prix de cet effort, l'armée exige les pleins pouvoirs afin de faire
aboutir sa politique d'"intégration" des musulmans dans l'"Algérie
française". Le 13 mai 1958, après une émeute à Alger, le général
Massu lance un appel à de Gaulle. Le 15 mai, le général se déclare
prêt à former le gouvernement. Le président Coty fait appel à lui le
29 mai, et le Parlement l'investit le 1er juin.
Comme en 1946,
il pose comme préalable la rédaction d'une Constitution instituant
un exécutif fort et soumise à la ratification populaire. Cette
condition est acquise en septembre, avec l'aide de Michel Debré,
garde des Sceaux: le projet constitutionnel obtient 80 % de "oui",
en France et dans l'ensemble du vieil Empire d'outre‑mer, transformé
en "Communauté" (seule la Guinée a voté " non "). En décembre 1958,
Charles de Gaulle est élu président de la Ve République par un
collège de notables.
Le stratège de la légitimité
Pendant les dix années où il restera à la tête de l'État, le
général de Gaulle va demander au suffrage universel, dans le calme
ou la tempête, d'être à la fois la «source» de son action et son
"recours". L'œuvre la plus urgente est le règlement de la question
algérienne. Paisible en Afrique noire, la marche vers
l'autodétermination puis vers l'indépendance est dramatique en
Algérie : le chef de l'État doit surmonter la révolte des Européens
"pieds‑noirs" en janvier 1960 ("journées des barricades" à Ager, 24
janvier); le putsch des généraux en avril 1961; les vagues
d'attentats de l'OAS (dont lui-même manque d'être victime, le 8
septembre à Pont‑sur‑Seine), et, une fois l'indépendance ratifiée
(accord d'Évian, 18 mars 1962), il échappe à un nouvel attentat de
l'OAS, sur la route du Petit‑Clamart (22 août).
Le 28 octobre 1962, il demande aux Français d'approuver pour
l'avenir l'élection du président de la République au suffrage
universel. Adoptée par 6225 % des voix contre l'ensemble des
partis, sauf l'Union pour la nouvelle République (UNR) créée pour le
soutenir, cette réforme assure la seconde fondation de la Ve
République.
À l'extérieur, de Gaulle conduit avec ténacité une politique
d'indépendance nationale. En 1963, il signe avec le chancelier
allemand Adenauer un traité (le traité de l'Élysée) qu'il souhaite
de réconciliation pour le passé et, pour l'avenir, de construction
d'une Europe redevenue maîtresse de son destin. Il le dit à Moscou,
où il se rend en 1966; il le dit en Pologne et en Roumanie. Le
Cambodge et le Québec entendent ses appels à la liberté des peuples.
Il s'attire ainsi l'hostilité des États‑Unis et même celle d'Israël,
qu'il prévient contre les méfaits à venir – le terrorisme – de sa
guerre de 1967. À l'intérieur, avec la prospérité économique, les
progrès de la recherche civile et militaire (avion Caravelle; mise
au point de la bombe atomique) sont les instruments de sa politique
d'indépendance qui lui permettent de sortir la France de l'OTAN, en
1966.
Mai 68: la fin de la légitimité ?
Réélu en 1965, de Gaulle doit affronter l'opposition des
partis de gauche réunis autour de François Mitterrand. Mais c'est à
l'université que la crise éclate en mai 1968. Devant l'émeute qui
enflamme Paris et les grèves qui paralysent le pays, de Gaulle, dont
les premières actions pour rétablir l'ordre puis la proposition d'un
référendum sur la participation ont échoué, quitte l'Élysée pour
rejoindre le général Massu à Baden‑Baden, le 29 mai. Va-t-il se
retirer ? Il revient le lendemain, pour dénoncer à la radio, comme
il l'a fait dans les heures graves, la "menace totalitaire" et
dissoudre l'Assemblée. Le parti gaulliste, l'Union pour la défense
de la République (UDR), remporte triomphalement les élections de
juin 1968.
Mais, dès avril 1969, le Général entreprend de tester la
confiance des Français en organisant un référendum sur la
régionalisation et la réforme du Sénat. Le "non" l'emporte: il
démissionne aussitôt, et assiste silencieux à l'élection de son
successeur, Georges Pompidou, qui assure la pérennité du régime.
Retiré à Colombey, il rédige le premier tome de ses Mémoires
d'espoir (1970) et meurt brusquement, le 9 novembre 1970, dix‑huit
mois après avoir quitté le pouvoir.
Source :
© Encyclopédie Hachette Multimédia 2003
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Cérémonie
du 18 juin 2010
Congrès
d'Agen, rapport du Bureau national
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