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INTERVENTION de Jean-Paul RIFFAULT

 

Cher(e)s Camarades et Ami(e)s,

Tout d'abord permettez-moi de vous dire mon plaisir de participer à nouveau à une assemblée générale de Libé-PTT et d' y retrouver ainsi des Amis.

Au 31 décembre dernier, notre association rassemblait dans ses rangs plus de 7200 Résistante et Résistants. C' est de loin, l' association la plus représentative de ce que fût la Résistance dans sa diversité. Les Ami(e)s étaient à cette même date près de 9400, présents aux côtés des Résistants, et comme eux pluralistes dans leur recrutement et leur action.

L' effectif de Libé-PTT - 50 Résistantes et Résistants au 31 décembre 2009, ainsi que 267 Ami(e)s de la Résistance-, se situe parmi les plus important de l' ANACR, mais il a  évidemment besoin d' être développé, et cela parce que les rangs des Résistants continuent inexorablement de s'éclaircir, que les menaces de résurgence du fascisme sont grandissantes dans un monde de crise politique, économique, sociale et morale, et que les remises en cause des acquis du Programme du CNR s' accentuent.

Le choix fait au congrès national de Limoges en 2006, d' ouvrir les rangs de l' ANACR aux Ami(e)s de la Résistance implique le renforcement du nombre des Ami(e)s, pour aider aux tâches du présent mais aussi et surtout pour assurer la pérennité de l' existence de l'ANACR, et faire que son message continue à être porté aux générations présentes et futures, tout particulièrement aux jeunes.

A la mission de passeurs de mémoire des Résistants, il nous faut joindre notre contribution à          l'établissement, à l' approfondissement et à la diffusion de la connaissance de la réalité historique concernant le fascisme et le combat de résistance au fascisme. C'est l' enjeu dans la bataille qui nous oppose aux négationnistes, à ceux qui présentent des versions tronquées, unilatérales, tendancieuses et mensongères de cette réalité. Pour faire en sorte que, sans que leurs auteurs aient des volontés malveillantes bien au contraire, les ouvrages qui se publient, les émissions de télévision qui se multiplient, et les films qui sont réalisés, ne prennent pas trop de liberté avec la réalité, que des distorsions ou imprécisions ne donnent une image floue et faussée de cette réalité.

 

Car, la guerre, la Résistance restent très présents : l' année 2009 a vu par exemple la sortie sur les écrans des films "Opération Walkyrie", "l' Armée du crime", "Liberté", le passage à la télévision de "Un village français", de la série "Apocalypse", plusieurs dizaines de nouveaux ouvrages ont été publiés, republiés ou traduits, les revues et DVD consacrées à la seconde Guerre mondiale se multiplient.

 


Liberté
Bande annonce vf publié par CineMovies.fr - Les sorties ciné en vidéo

En ce début 2010, la sortie sur les écrans de "La Rafle" augure de la poursuite de cette production de documentaires, fictions et docu-fictions consacrés à cette période.

C'est dans cette bataille pour que soit restituée cette mémoire authentique, des valeurs qui motivèrent les Résistants et des combats qu' ils menèrent que s' inscrit notre revendication d' instauration d' une "Journée nationale de la Résistance", le 27 mai, date anniversaire de la création en 1943 par  Jean Moulin, du Conseil National de la Résistance. (CNR)

Au printemps 2007, à l' exception de Le Pen et de Villiers, nous nous étions adressés à tous les candidats, à l' élection présidentielle, ainsi que quelques semaines plus tard, aux candidats aux législatives se situant dans ce que nous appelons "l' arc démocratique et républicain", pour leur demander de se prononcer sur l'instauration de la "Journée Nationale de la Résistance", le 27 mai. Dans sa réponse, le Président de la République élu le 6 mai 2007 avait émis l'idée de mettre en place une commission sur le sujet réunissant les différentes associations de Résistants, en exprimant le souhait qu' elle retienne notre proposition.

Depuis,  il y a eu... une initiative du Président de la République qui nous a beaucoup inquiétés : la commission présidée par André Kaspi, composée d' enseignants, de hauts fonctionnaires, de responsables de médias, et dans la composition de laquelle il n' y avait aucun représentant d' une quelconque Association d'Anciens combattants, Résistants et Déportés, commission qui avait pour objet de "réfléchir sur les commémorations", selon certains trop nombreuses, des voix suggérant même que l' on aille vers une "Journée Unique du Souvenir".

La montagne a accouché d' une souris, face à la protestation de la grande majorité des associations du monde combattant. Mais, nous devons rester vigilants - car on évoque dans les milieux officiels le 11 novembre comme étant la "Toussaint de tous les conflits" - et nous devons dire avec force que nous nous opposerons, et nous ne sommes pas les seuls , à toute initiative visant à gommer la spécificité de chaque conflit, ce qui conduirait ainsi à escamoter le caractère antifasciste, antinazi du combat mené conjointement avec les antifascistes de tous les pays et les Armées alliées, par les Résistants et les Français libres pour venir à bout de la barbarie nazie. Ce combat est symbolisé pour nous, par les anniversaires des dates sacrées du 18 juin 1940, du 27 mai 1943 et du 8 mai 1945.

 

Tout récemment, en réponse aux questionnements des parlementaires suite au courrier que nous leur avons adressé au printemps pour leur demander d' appuyer notre demande, l' actuel Secrétaire d' Etat, Hubert Falco, a fait la réponse que nous avons publiée dans le dernier numéro du "Journal de la Résistance", c' est pourquoi je n' en citerai que quelques extraits : "...Le décret... du 10 mars 2006 qui a institué le 18 Juin en -----Journée nationale commémorative de l' appel historique  du général de Gaulle à refuser la défaite et à poursuivre le combat contre l' ennemi------ doit être bien interprété". "Par son intitulé, il rassemble sous la bannière d' une date célèbre pour le grand public l' ensemble des Résistants français, c' est-à-dire tous ceux qui ont refusé la défaite et continué à se battre, que cela soit dans les Forces françaises libres, à la tête d' un journal clandestin, sur les bancs de l' Assemblée consultative provisoire d'Alger ou dans un maquis. C' est pourquoi, l'instauration d'une autre journée nationale consacrée à la Résistance, conçue comme la seule Résistance intérieure risquerait d' être incompréhensible aux yeux de la plupart des Français, pour qui le 18 Juin incarne justement la Résistance de façon globale.... Il est donc nécessaire de ne pas encourager la multiplication des journées d' hommage...."

 

Il va donc falloir continuer à mener notre bataille pour enraciner dans les réalités locales , départementales et régionales la "Journée Nationale de la Résistance, le 27 mai", avant qu' elle ne le soit au plan national et donc reprendre notre campagne en direction des élus de l'ensemble des formations républicaines de l' actuelle UMP à la "gauche de la gauche" pour faire qu' ils se prononcent en faveur de la Journée Nationale de la Résistance. Lui fournir un support, matérialiser cette relance de notre bataille, tel a été le sens de l'édition par l' ANACR de la carte à faire signer par les parlementaires, conseillers régionaux et généraux, maires de grandes villes et à envoyer au Président de la République.

Cher(e)s Camarades et Ami(e)s, ce qui nous rassemble, au-delà de nos différences d'opinion, ce qui justifie l' existence de l' ANACR depuis sa création, c' est la volonté de connaître et surtout de faire connaître la réalité de la Résistance, de ses combats, de ses valeurs et de son rôle, et aussi ce contre quoi ils ont combattu : le fascisme toujours présent. Cela, c' est notre apport spécifique au combat démocratique, et si nous l'abandonnions ou le relativisions au profit d' autres, qui nous sont d' autant moins étrangers que nous les avons explicitement cités dans le préambule de nos statuts, nous faillirions à ce qui est notre mission première. 

De plus, si nous entrions dans ce champ politique et social, en dehors du rappel nécessaire à tous ses acteurs des valeurs de de la Résistance et en les incitant à les prendre en compte dans leur réflexion et leur action, nous affaiblirions nos rangs car cela mettrait inévitablement à mal ce qui est notre force, le pluralisme.

 2009 a été l' année du 65ème anniversaire de la publication du Programme du CNR, des débarquements de Normandie et de Provence, de la Libération. 2010 est celle du 65ème anniversaire de la victoire sur les fascismes hitlérien et japonais, le 70ème anniversaire du début de la Seconde Guerre Mondiale et de l' Appel du 18 Juin.

En 2009, année du 65ème anniversaire du Programme du CNR, nous l' avons envoyé aux 577 députés et aux 343 sénateurs, ainsi qu' aux 233 conseillers et 72 membres de section du Conseil économique et social, les incitant à en prendre en compte le contenu et la démarche dans leurs propositions contemporaines touchant le domaine économique et social. Propositions qu' évidemment l' ANACR, par sa nature et sa mission, ne saurait formuler.

Si nous avons décidé l' envoi ,  aux parlementaires et aux Conseillers économiques et sociaux, du Programme du CNR, qu' il serait erroné de présenter comme un catalogue de recettes toutes faites pour le présent, c'est que nous avons fait la constatation que beaucoup en ignoraient sinon l' existence du moins le contenu.

BulletsProgr du CNR

Cette photo a été prise après la libération, au centre de la photo on reconnait Bidault, successeur de J Moulin)

Il en va de même pour la grande majorité des citoyens; ce qui fait que la première tâche est de le faire connaître, de le diffuser, en explicitant les valeurs de solidarité et de démocratie qui inspirèrent ses rédacteurs, en rappelant que les divers mouvements, partis et syndicats résistants furent unanimes pour en adopter le contenu, que nombre des mesures qu' il préconisa furent mises en œuvre à la Libération par le Gouvernement présidé par le général de Gaulle et forment le socle de notre protection sociale, et que d' autres, telles la nationalisation du système bancaire et des assurances, ne sont pas sans écho contemporain en ces temps de crise.

 

Pour ce qui est de cette année 2010, nous attachons une grande importance à ce que soient commémorés comme il convient, le 70ème anniversaire de l' Appel du 18 Juin, qui permit à la France, en restant parmi les Alliés, en combattant à leur côté le nazisme allemand et les fascismes italien et japonais, de préserver son indépendance nationale au moment de la Libération, et de figurer parmi les vainqueurs de l' Allemagne nazie en mai 1945, et du Japon militariste en août suivant.

Pour lire l'appel cliquez sur le bouton   Appel 18 juin 40

 

Et nous attachons bien sûr une grande importance à ce que soit célébré avec éclat l'anniversaire de la signature à Reims, le 7 mai 1945, de la capitulation de l' Allemagne nazie, et à Berlin, celui de sa ratification le lendemain 8 mai par les Alliés représentés par le général Eisenhower, les Maréchaux Joukov et Montgomery, le général de Lattre de Tassigny. Et qu' à cette occasion soit souligné le caractère antifasciste, antinazi, du combat que menèrent les Alliés, les peuples contre les régimes hitlérien, mussolinien, militariste nippon et leurs alliés complices.

En 2008, le Président Sarkozy célébra le 8 mai à Ouistre- ham dans le Calvados, où il rendit un hommage oh combien mérité - au Commando Kieffer, débarqué là, non le 8 mai 1945, mais le   6 juin 1944, et il oublia quasiment de parler de la victoire sur le nazisme.

En 2009, il est allé célébrer le 8 mai à Sainte-Maxime dans le Var, où les 4/5ème de son propos furent consacrés à rendre hommage aux troupes de l' armé B débarquées là non le 8 mai 1945, mais le 15 août 1944, en "oubliant" là encore pratiquement,   l' anniversaire de la victoire sur le nazisme.

Nicolas Sarkozy lors de son discours le 8 mai 2009 sur la plage de La Nartelle, à Sainte-Maxime.

On aurait pu espérer qu' en cette année 2010, année du 65ème anniversaire de la Victoire sur le nazisme, il en serait autrement et que cette année l' on parlerait du sujet. Et bien non! On ne sait pas où aura lieu la commémoration, mais ce que l' on sait - je cite un texte émanant du Secrétariat d' Etat - c' est que "la commémoration nationale de la fin de la Seconde Guerre mondiale, célébrée le 8 mai, pourra permettre de rendre un hommage aux combattants de la campagne de France (de 1940), au cours de laquelle 100 000 hommes consentirent au sacrifice ultime".

Pour commémorer la Victoire sur le nazisme, on attendra donc peut-être, l' anniversaire de la bataille de Poitiers ou celui du Siège d' Alésia....

Cher(e)s Camarades et Ami(e)s,

La transmission de la mémoire, essence même de notre association, implique à la fois la connaissance de    l' histoire de la Résistance et la diffusion de cette connaissance. La connaissance de la Résistance, c' est celle des actes de Résistance, et des femmes et des hommes qui les firent, celle de ses structures (mouvements, réseaux, partis et syndicats) de la Résistance, celle de ses valeurs, celle de la perception de la Résistance par la population et de son engagement en son sein, c' est aussi la place prise par la Résistance dans le combat de la Libération et dans la restauration de la démocratie républicaine dans notre pays.

C' est à la fois - et en premier lieu auprès des Résistants rassemblés dans l' ANACR, dont il convient de recueillir les témoignages - acquérir les connaissances existantes sur tous ces aspects mais aussi approfondir, approfondissement que nous ne devons pas abandonner à d' autres. Pour être crédibles dans ce domaine, il nous faut avoir toute la rigueur historique nécessaire tant dans les recherches que dans l' écriture, car nous devons publier.

Quant à la nécessaire diffusion de cette connaissance - il n'y aurait qu' un intérêt personnel et donc limité à la garder pour nous - vous en connaissez bien évidemment les moyens, des conférences aux expositions, des festivals du film sur la Résistance aux sentiers de la Résistance, mais aussi la part croissante prise par les nouveaux médias, tels les DVD ou les sites internet.

Nous sommes aussi préoccupés par l' avenir des structures du Monde Combattant ou de l' éducation nationale impliquées dans l' œuvre de mémoire tel le Concours national de la Résistance et de la Déportation, et particulièrement à son caractère  associatif actuellement remis en cause par la diminution des représentants des Associations dans les Jurys.

Nous avons rappelé notre volonté de voir préservés, alors qu' ils sont menacés par les effets de la "Révision Générale des Politiques Publiques", les moyens humains et financiers, de l' Office National des Anciens Combattants et des ODAC, afin qu' ils puissent continuer d' assurer leur mission dans le domaine de la mémoire, ce qui implique que soient maintenus les emplois des délégués-mémoire aujourd'hui des plus menacés quand ils n' ont pas déjà été supprimés.

Plus largement d' ailleurs, nous sommes de ceux qui réaffirment leur attachement à cette existence de l' ONAC et de ses structures départementales, qui sont plus près des Anciens Combattants et, pour ce qui est de sa mission mémorielle, au plus près des citoyens et des jeunes scolaires. Nous restons attachés à, un ministère des Anciens Combattants, en l' occurrence du Secrétariat d' Etat, assurant simultanément et de manière inséparable la mémoire des luttes des Anciens Combattants, la reconnaissance de leurs titres et aussi le droit à réparation qui en découle.

Nous nous prononçons pour la reconstitution immédiate des Commissions de la carte du Combattant et de la carte CVR, pour que soient reconnus les titres de Résistance à ceux des Résistants qui en sont injustement privés, car, par cette reconnaissance, à chaque fois, à travers eux, c' est le rôle de la Résistance dans le combat pour la libération de la France et la victoire contre le fascisme qui est reconnu. Et pour que les distinctions qu' ils méritent leur soient attribuées.

Chers(e)s "Ami(e)s et Camarades de Libé-PTT, l' ANACR reste de nos jours la plus importante association d' Anciennes et Anciens Combattants de la Résistance et est en passe de rester la seule - la CNCVR s' est dissoute il y a trois ans, l' ANCVR  l' a fait au 31 décembre 2008 et le C.A.R. a annoncé sa disparition prochaine, la FNDIRP s' interroge sur son avenir - en même temps, elle est - par les "Ami(e)s de la Résistance" qui en sont membres à part entière - la plus importante et de fort loin Association de "passeurs de mémoire de la Résistance".

Tout ceci souligne l' importance actuelle de la mission de l' ANACR qui, par son caractère pluraliste a pu, tout au long de son existence, rassembler Résistantes et Résistants de toutes tandances, de Jacques Chaban-Delmas à Henri Rol-Tanguy, de Louis Terrenoire à Pierre Villon, de Pierre Sudreau à Robert Chambeiron et Louis Cortot, Résistantes et Résistants aux côtés desquels se trouvent aujourd'hui des Ami(e)s , qui doivent être, pour pouvoir pleinement assurer leur mission de pérennisation de l' ANACR et de transmission des valeurs de la Résistance,  elles et eux aussi de toutes sensibilités démocratiques.

De tout cela, nous débattrons dans quelques mois au prochain Congrès national qui aura lieu à Agen, du 22 au 24 octobre 2010. Il est souhaitable que Libé-PTT y soit représentée par une délégation conséquente.

Le prochain Congrès national de l’A.N.A.C.R.

se tiendra à

AGEN (Lot et Garonne)

les 22, 23 et 24 octobre 2010.

Chers(e)s Ami(e)s et Camarades, pour terminer mon propos, permettez-moi  de vous transmettre à tous, les amicales et fraternelles salutations de Robert CHAMBEIRON, Louis CORTOT, Charles FOURNIER-BOCQUET et Jacques VARIN.
 

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